Circovirose

15 Mar 2019

Circovirose

La Maladie des jeunes pigeons

trad. M.Maindrelle



Qu'elle est-elle et que faut-il faire à ce sujet?


L'expression «maladie des jeunes pigeons» fait référence à un état où les pigeonneaux, généralement dans les premières semaines après le sevrage sont calmes, ébourrifés, perdent du poids, développent une diarrhée verte mucoïde et meurent. La cause est un virus appelé Circovirus.

Cette expression est à mon avis mal appropriée et je pense qu'elle doit être abandonnée. Le problème est qu'elle regroupe dans une seule catégorie toute une variété de maladies qui provoquent des symptômes similaires. La manière dont ces maladies sont attrappées transmises et traitées est bien différente, et elles doivent donc être différenciées. Les amateurs courrent le risque en voyant tout jeune pigeon avec ces symptômes de l'étiqueter « maladie des jeunes pigeons », alors qu'en fait tout ce qu'ils savent est que le pigeon souffre de dépérissement et de diarrhée. La coccidiose, le syndrome adéno-coli, le Chlamydia, Salmonella, E. coli, le virus de l'herpès, le muguet, les infections par les vers, le chancre interne,l' Aspergillose et de nombreuses autres maladies peuvent provoquer des symptômes similaires. Une bien meilleure expression pour faire état de la vraie nature de l'infection serait « Maladie du pigeon à Circovirus » , de sorte qu'au lieu de dire que son pigeon a eu la « maladie des jeunes oiseaux », l'amateur dirait, après un diagnostic précis que son pigeon a eu la Maladie du Pigeon à circovirus.


Le Circovirus est un virus infectieux transmissible qui se propage d'un oiseau à un autre. Le virus est excrété dans les déjections, les larmes, la salive et peut-être aussi les débris de plumes.

Une fois dans le colombier, on peut supposer que tous les pigeons seront exposés tôt u tard au virus et que la grande majorité sera effectivement infectée. En règle générale toutefois, seulement 5% ont effectivement présenté des symptômes, tandis que les autres 95%, bien qu'infectés par le virus ne développent pas de symptômes cliniques c'est à dire qu'ils ne deviennent pas malades. Si on les teste à ce moment ils reviendront avec un résultat positif qui prouvera qu'ils sont infectés, mais ils paraitront tout à fait normal assis sur leur perchoir.

Les pigeons qui deviennent malades développent les symptômes typiques de perte de poids, de léthargie, de diarrhée et certains développeront une écume jaune dans la bouche. Ces oiseaux meurent presque toujours. Ceux qui ne tombent pas malades, après une période de temps, éliminent le virus de leur système. Actuellement, nous ne savons pas combien de temps cela prend, mais on pense que la majorité aura éliminé le virus au bout de 4 à 6 mois. Il est possible cependant que certains oiseaux ne parviennent jamais à éliminer le virus et resterons des porteurs chroniques.

L'importance de l'infection par le Circovirus est que si le virus est actif il interfère avec le fonctionnement du système immunitaire. Plus précisément, il vise un type particulier de globules blancs appelés lymphocytes T. Cela signifie que la capacité des pigeons de résister à d'autres infections est compromise tant que le virus est actif. Pour cette raison, dans certaines parties du monde, le circovirus est appelé sida du pigeon.

Souvent, ce qui nous alerte sur une infection par le Circovirus est une augmentation de l'incidence de ces maladies secondaires. Si vos oiseaux développent un niveau plus élevé de trichomonose ou d'yeux froids par rapport à la normale ou si un problème revient précocément après la fin du traitement, il se peut que le Circovirus soit la cause sous-jacente. Lorsque la maladie se révèle difficile à contrôler ou se comporte de façon imprévisible, il est toujours utile de demander à votre vétérinaire de vérifier si une infection à Circovirus a cours..

Deux vagues de pertes

En général, lorsque le Circovirus pénètre dans un colombier, il y a deux vagues de pertes.

La première survient lorsque le virus pénètre et fait son chemin dans le colombier. Comme mentionné précédemment, environ 5% des oiseaux seront perdus. Plus les semaines passent après le dernier mort plus il est facile pour l'amateur, qui n'a pas été chez un vétérinaire, de penser que le problème est maintenant passé. En fait, tous les oiseaux qui survivent dans son colombier, qui peuvent sembler tout à fait normaux, sont actuellement infectés par le virus et ,jusqu'à ce qu'ils le rejettent au bout de quelques mois, ils ont un système immunitaire affaibli et une vulnérabilité accrue aux maladies secondaires. Généralement, ces maladies secondaires sont le chancre humide et le Chlamydia (infection des voies respiratoires), même si elles peuvent tout à fait être également une maladie quelconque. Les pigeons restent exposés à toute une gamme d'organismes pathogènes potentiellement morbides pendant la croissance, y compris les jeunes qui ont développé une bonne immunité naturelle. Si le Circovirus est actif cette immunité existe mais demande plus de temps pour être effective.

C'est là que la deuxième vague de la perte se produit. Les colombophiles qui ne parviennent pas à identifier et à gérer ces problèmes ont tendance à perdre beaucoup de pigeons lors des premiers entrainements et des premières courses. Ce n'est pas que les pigeons ne sont pas bons, c'est juste qu'on leur en a trop demandé. S'ils ont été « chouchoutés » un peu plus longtemps et que les maladies secondaires ont été correctement surveillées et traitées comme l'exige beaucoup de ces jeunes oiseaux alors ils peuvent évoluer vers de bons pigeons de concours.

Comment la maladie entre dans le colombier ?

Souvent, le virus pénètre avec un jeune oiseau délibérément entré dans un autre colombier où le Circovirus est actif. Rappelez-vous que 95% des jeunes oiseaux dans un colombier infecté ne présentent aucun symptôme, et donc ce jeune ne semble pas être malade ou en fait n'est jamais tombé malade. Il pourra cependant excréter le virus et infecter d'autres pigeons pendant plusieurs mois jusqu'à ce qu'il élimine le virus de son système , comme la plupart des oiseaux.

Comment la maladie est diagnostiquée?

Cela est très facile. La maladie peut être diagnostiquée à partir d'une seule goutte de sang. En Australie les kits de test sont envoyés aux amateurs par courrier. Tout ce que doit faire l'amateur est de piquer un doigt de l'oiseau juste au-dessus de l'ongle. Quand une goutte de sang suinte sur la peau, elle est essuyée avec une mince bande de papier buvard fournie et placée dans un tube à essai plastique. Ce prélèvement est ensuite envoyé chez le vétérinaire pour les tests. Une fois recueilli, l'échantillon est bon pendant des semaines, et il n'y a pas de problème s'il prend quelques jours pour atteindre sa destination. Le test est appelé PCR et contrôle la présence de l'ADN du circovirus dans le sang des oiseaux. Il est très précis et en Australie coûte l'équivalent de 25 livres ou 50 $ US. Intérêt supplémentaire, l'infection à chlamydia peut également être vérifiée sur le même échantillon.
La maladie peut aussi être diagnostiquée par un examen microscopique des tissus prélevés lors d'une autopsie. Les tissus sont colorés et le virus peut effectivement être vu. Chez d'autres oiseaux comme les perroquets un test sanguin HI/HA est également disponible pour tester les protéines virales ainsi que le niveau de l'immunité déjà développée par cet oiseau.

Que faire si vos oiseaux attrapent la « maladie des jeunes oiseaux » c'est à dire l'infection à Circovirus ?

La première chose à faire est d'établir avec précision le diagnostic. Cela signifie qu'il faut communiquer avec le vétérinaire. Si vous avez plusieurs pigeonneaux qui tombent malades ne supposez pas un diagnostic. Le problème peut être un Circovirus ou tout aussi bien l'une des autres problèmes maladies mentionnées précédemment. Ne comptez pas sur les vieux gars au club ou votre voisin qui a également des pigeons de course. Ils n'ont pas les tests diagnostiques disponibles et ceci représente simplement une perte de temps. De même n'allez pas chez le vétérinaire local pour chiens et chats. S'il ne fait pas beaucoup de consultations d'oiseaux, il ne faut pas s'attendre à ce qu'il connaisse cette maladie et il est donc injuste d'être critique à son égard.

Allez chez un vétérinaire aviaire qualifié ou un vétérinaire avec une grande expérience des oiseaux. Vous n'avez pas besoin de vivre près de l'un d'eux. Avec un simple appel téléphonique une trousse de test peut vous être envoyée par la poste ou vous pouvez organiser l'envoie d'un oiseau vivant. 50% des milliers d'amateurs qui utilisent ma clinique en tant que vétérinaire direct habitent à plus de 75km.

Ne pas oublier que les antibiotiques tuent les bactéries mais pas les virus. Il n'existe aucun médicament, qui peut être prescrit en routine, qui tue directement les virus. Cela signifie que l'infection doit être garder sous contrôle par d'autres moyens. Dans certaines régions du monde un vaccin contre le Circovirus du pigeon est disponible. Le cas échéant la vaccination systématique des jeunes de 6 semaines est recommandée.

Que faire si le problème est diagnostiqué dans votre colombier ?

Face à une épidémie, le cas échéant, tous les jeunes doivent être vaccinés. Après cela, le plan suivant en 4 points est adopté:

1. séparer les oiseaux malades; les traiter avec un antibiotique à large spectre, par exemple Baytril 2,5% quatre gouttes par voie orale une fois par jour et un médicament anti-chancre par exemple Spartix 1 comprimé par jour. Placer une préparation électrolytes/glucose (par exemple Electrolyte P180 ) dans l'eau. Si les oiseaux ne réagissent pas en quelques jours, il faut souvent mieux les éliminer.


2. pour éviter un renforcement viral dans le colombier s'assurer que le colombier soit régulièrement nettoyé et maintenu propre et sec.


3. Prendre soin des oiseaux autant que vous le pouvez afin que la majorité puissent développer une bonne réponse immunitaire au virus c'est à dire "combattre" la maladie. Cela signifie, pas de surpeuplement, une bonne alimentation, un bon contrôle des parasites et le traitement des maladies secondaires identifiées par des tests.

4. donner des probiotiques, en donnant par exemple un probiotique «Probac» qui diminuera l'impact de la maladie. Ce n'est pas un traitement pour les oiseaux malades, mais si un oiseau est exposé au Circovirus alors qu'il est sous probiotiques, il est beaucoup plus difficile pour le virus d'infecter l'oiseau , ou tout du moins nécessitera une dose importante de virus. Je recommande habituellement de le donner dans la nourriture ou l'eau pendant 2 semaines dès le début, puis pendant 2 à 3 jours par semaine jusqu'à ce que le virus ait fait son chemin à travers la colonie c'est-à-dire plusieurs semaines après qu'un oiseau ait été malade.

Après cela ne rien faire, sauf fournir des bons soins avant le début des entrainements. Ensuite vérifier les oiseaux par culture de jabot, frottis fécal et test de Chlamydia par un vétérinaire aviaire. Toute maladie contre laquelle l'oiseau n'a pas développé une bonne immunité, c'est à dire encore détectable, doit être traitée et contrôlée de sorte que la deuxième vague de la perte soit évitée.

Notez que tuer les oiseaux malades n'est pas un moyen d'éliminer la maladie du colombier parce que la majorité des oiseaux infectés ne présentent aucun symptôme.

Bien qu'il puisse être frustrant de perdre 5% des jeunes, la chose importante à retenir est que 90% des oiseaux dans un accès typique ne meurent pas. L'équipe est donc essentiellement intacte et avec une bonne gestion peut encore continuer à voler et gagner si les oiseaux sont assez bons.

Une bonne chose est qu'il semble que les oiseaux convalescents aient développé une bonne immunité à la maladie. Cela a été observé avec le Circovirus (un virus différent, mais connexe) des perroquets. Il apparaît également que cette immunité peut être transmise par le lait de jabot, et même l'œuf (le jaune d'oeuf qui est aspiré dans l'abdomen au cours du développement, contient beaucoup d'anticorps et les poussins qui éclosent avalent également du blanc d'oeuf (qui contient également des immunoglobulines ) qui recouvre la paroi intestinale. En raison de ces facteurs et d'autres l'effet du virus réduit considérablement chaque année.

 

 

Dr. Colin Walker BSc. BVSc. MACVS (Avian Health)

Melbourne Bird Veterinary Clinic

Australia

 

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